Tripoli: Contre-champs

 

février 2011, envoyé par le journal Le Temps.

A quoi ressemble Tripoli ? Cette ville sans image. Sinon celles liées à la personnalité mégalomaniaque de son ex-tyran ou aux feux des batailles rangées de la révolution.
Ne pas ramener d’images des pickups-à-mitrailleuses, des Katibas enturbannés aux différents checkpoints. Non pas qu’elles ne fassent plus partie du paysage. Mais on les avait déjà vues.
Pour un portfolio prévu sur une vingtaine de pages dans le numéro Zéro d’un futur magazine, je voulais montrer le contrechamps de la guerre.
Quel langage photographique pour répondre à une question aussi large ?
Comme la révolution était gagnée, depuis quelques semaines, les Tripolitains,  goûtaient enfin au parfum de la liberté, découvraient la politique, l’opinion, osaient les réactions spontanées. C’était une joie qui durait, Le moment était pourtant vertigineux, scabreux, le passé de chacun était douloureux et obscur. Les Katibas gardaient encore les armes et contrôlaient les carrefours et les rencontres étaient parfois mauvaises
Une nuit sans bruit des milliers de mini-montgolfières en papier sont montées dans le ciel, poussées par la chaleur de la flamme et la clameur de la foule. Le ciel de Tripoli en était constellé.
Les Tripolitains fêtaient l’anniversaire du soulèvement de Benghazi.

 

Place des Martyrs, en famille, les Tripolitains fête l’anniversaire du 17  février, date du début du soulèvement de Benghazi qui mènera à la chute du régime.

a Libye de Kadahfi à toujours tourné le dos à la mer. La plage du quartier de  Gargaresh est recouverte des remblais amenés des constructions hâtives alentour et comme parfois,  la récupération des déchet n’existe pas, ils finissent sur la plage.

Bab al-Azizia, mur d’enceinte des restes de la caserne fortifiée, entourant les     appartements de Kadhafi, ici, avant, les gens n’osaient même pas passer en voiture

Dans une ancienne caserne de Bab al-Azizia une famille a pris possession des lieux, la maison est simple et sombre.

Dans ce marché du centre moderne de Tripoli, les gens posent pour moi, rient, s’apostrophent.

Bab al-Azizia à l’intérieur de l’immense caserne fortifiée où se trouvait le cœur du régime, les habitations encore vaillantes sont désormais squattées par des familles en mal de logement. Des bandes d’enfants jouent à se disputer de nouveaux territoires

Dans la médina.

Dans le quartier d’Abou Salim.

Les deux ados m’accostent comme des combattants et m’annoncent fièrement que le pays est désormais libre et le tyran mort. Alors ils se calment, redeviennent des ados et je les photographies.

Port de tripoli, Le chargé de la sécurité me suit et s’impatiente.

Le port de tripoli semble marcher au ralenti. Une dizaine de camionneurs attendent un chargement. Un ouvrier se lamente que l’endroit soit si mal entretenu, si sale, et accuse Kadhafi de n’avoir rien respecté, rien.

Scène champêtre dans la ville, révélant le contraste entre la société très traditionnelle  et a un idéal urbain sans âme planifié par Kadhafi.

Place des Martyrs, en famille, les Tripolitains fête l’anniversaire du 17  février, date du début du soulèvement de Benghazi qui mènera à la chute du régime.

Place des Martyrs, en famille, les Tripolitains fête l’anniversaire du 17  février, date du début du soulèvement de Benghazi qui mènera à la chute du régime.

Place des Martyrs, en famille, les Tripolitains fête l’anniversaire du 17  février, date du début du soulèvement de Benghazi qui mènera à la chute du régime.

Dans la médina.

Début d’après midi dans les dédales du marché couvert au centre de la ville, à cheval entre la Médina et le quartier italien. Plus loin sont installés les acheteurs d’or, les vendeurs de bijoux, d’habits de cérémonie, d’oiseaux, jusque dans les rues adjacentes. Malgré tout les gens paraissent calmes, les vendeurs ne crient pas, l’argent s’échange discrètement, comme si le commerce sortait d’une longue léthargie.

Abou Salim,  le quartier à la mauvaise réputation. Pauvre, insalubre et rejeté. C’est ici que se sont retrouvés les derniers partisans de Kadhafi.

Dans le quartier d’Abou Salim.

Vendredi à la mosquée du quartier de Gargaresh.

Garçon dans la Médina.

A l’image des stores décharnés, et malgré l’imposance du campus, composé d’une constellation de bâtiment de style béton soviétique, la formation et l’enseignement n’étaient pas la priorité du régime de kadhafi, car trop subversif.                                             

Un homme au physique subsahariens  s’amuse de ma présence, faisant presque oublier que les problèmes de racisme sont criants depuis la révolution et la participation de mercenaires  subsahariens à la défense du régime

« la rue tripolitaine «  s’anime en fin d’après midi . Je cherche le regard des gens. En moi les sentiments s’entrechoques, je découvre un peu la ville.

Dans une petite rue de la Médina, au fond de son atelier sombre et encombré, un artisan ne me propose pas de rentrer et cache maladroitement la Kalachnikov qu’il est en train de polir. Je passe mon chemin.

« ohoh Benghazi » hurle une sono. C’est le tube du moment que l’on écoute partout, en l’honneur des premiers qui se sont soulevés. Une Katiba ( milice ) originaire de cette ville orientale de Libye chante ses origine et démontre sa force devant la foule impressionnée et amusée.