Genève à travers la littérature

Travail réalisé pour la ville de Genève afin de d’illustrer une brochure proposant un parcours reliant divers lieux en ville de Genève qui ont servit de décors ou ont étés décrit dans quelques oeuvres littéraires d’importance. Ces images ont également été exposées sur des panneaux extérieurs durant plusieurs mois au bord de l’Arve.

Robert Harris, L’indice de la peur, éd. Plon, Paris, 2012
«La société d’Hoffmann était située dans les Eaux-Vives, un quartier au sud du lac aussi solide et assuré que l’homme d’affaires suisse du XIXe siècle qui l’avait bâti: d’imposantes demeures, de larges boulevards d’inspiration parisienne coiffés de câbles de trams, des cerisiers qui jaillissaient des trottoirs pour arroser les pavés gris de pétales blanc sale et roses, des rez-de-chaussée de boutiques et de restaurants imperturbablement surmontés par sept étages de bureaux et d’habitations. Niché au milieu de toute cette respectabilité bourgeoise, Hoffmann Investment Technologies présentait au monde une étroite façade victorienne, facile à manquer si on ne la cherchait pas, signalée simplement par une petite plaque au-dessus d’un inter- phone.»

Casanova (Jacques Casanova de Seingalt), Histoire de ma vie, 1789-1798

«Le lendemain matin le jeune Fox est venu dans ma chambre avec les deux Anglais que j’avais vus chez M. de Voltaire. Ils me proposèrent une partie au Quinze à deux louis de cave, et ayant perdu en moins d’une heure cinquante louis, j’ai quitté. Nous allâmes voir Genève, et à l’heure de dîner nous nous rendîmes aux Délices. Le duc de Vilars venait d’y arriver pour consulter Tronchin, qui depuis dix ans le faisait vivre par artifice.»

Paulo Coelho, Onze minutes, éd. Anne Carrière, Paris, 2003

«La rue de Berne, qui commençait près d’une église (coïncidence, non loin du restaurant japonais où elle avait déjeuné la veille!), était bordée de vitrines arborant des montres bon marché; à l’autre bout se trouvaient les boîtes de nuit, toutes fermées à cette heure de la journée.»

L’insoutenable légèreté de l’être, éd. Gallimard, Paris, 1984

«Franz arriva à un parc; au-dessus des arbres  flottaient au loin les dômes dorés de l’église orthodoxe, semblables à des boulets rutilants qu’une force invisible aurait retenus juste avant l’impact pour qu’ils se  gent dans les hauteurs. C’était beau. Franz descendit vers le quai pour prendre un bateau-mouche et se faire recon- duire de l’autre côté du lac sur la rive droite où il habitait.»

Lamartine, «Ressouvenir du Lac Léman »
in Méditations, 1841

 

«Que Genève à nos pieds ouvre son libre port,
La liberté du faible est la gloire du fort.
Que sous les mille esquifs dont les eaux sont ridées,
Palmyre européenne au confluent d’idées,

Elle voie en ses murs l’Ibère et le Germain
Échanger la pensée en se donnant la main!»

Joseph Conrad, Sous les yeux de l‘Occident, éd. Autrement Littératures, Paris, 1997

Je pensais en effet que les Bastions étaient un lieu tout indiqué, puisqu’elle ne trouvait pas prudent de présenter sans préparation ce jeune homme à sa mère. C’est donc ici, me dis-je, en regardant ce bout de jardin d’une navrante banalité, que débuteront leurs relations, et qu’elles se poursuivront en un échange d’indignations généreuses et de sentiments extrêmes, trop poignants peut-être pour qu’un esprit non russe puisse les concevoir. J’eus la vision de ces deux jeunes gens, échappés de la masse des quatre-vingts millions d’êtres humains broyés par les engrenages de la machine, marchant sous ces arbres, leurs têtes toutes proches l’une de l’autre. Oui, c’était un endroit idéal pour causer en se promenant. Il me vint à l’esprit, tandis qu’une nouvelle fois nous nous éloignions des grandes grilles, que lorsqu’ils seraient las de marcher, ils pourraient facilement se reposer. Il y avait un grand nombre de tables et de chaises réparties entre le restaurant et le kiosque à musique, et toute une rangée de bancs de bois peint sous les arbres.

Gabriel Garcia Marquez, «Bon voyage, Monsieur le Président»,
Douze contes vagabonds, éd. Grasset, Paris, 1993

 

«Sur le pont du Mont-Blanc, l’on baissait en toute hâte les drapeaux de la Confédération pris de folie dans la bourrasque, et l’élégant jet d’eau couronné d’embruns s’éteignit plus tôt que de coutume. Le Président ne reconnut pas son café habituel sur le quai, car on avait relevé l’auvent de toile verte et fermé les terrasses estivales bordées de fleurs.»

Mary Shelley, Frankenstein
GF Flammarion, Paris, 1979

 

«Il faisait complètement nuit quand j’arrivai aux environs de Genève. Les portes de la ville étaient déjà fermées ; et je dus passer la nuit à Sécheron, village éloigné d’une demi-lieue de la ville. Le ciel était serein ; et comme je ne pouvais me reposer, je décidai de visiter l’endroit où mon pauvre William avait été assassiné. Ne pouvant traverser la ville, je dus traverser le lac en bateau pour arriver à Plainpalais. Pendant ce court voyage, je vis des éclairs composer, au sommet du Mont Blanc, les figures les plus belles.»

Alice Rivaz, Jette ton pain, éd. L’Aire Bleue, Vevey, 1979

«Non, elle ne s’était pas doutée qu’à cet endroit précis de la place du Molard, au milieu de la cohue d’un samedi après-midi, entre le refuge des trams et le marché aux fleurs, s’était close définitivement une période de sa vie commencée un bon quart de siècle auparavant, dans cette même ville (mais dans un autre quartier), sans que rien, en somme, ni lors de sa première, ni lors de cette dernière rencontre avec Puyeran ne l’ait secrètement avertie de ce qui allait suivre et qui, du moins en ce qui concerne la première de ces rencontres, devait être si important et surtout si néfaste pour elle, pré- tendit-elle toujours par la suite.»

Carlos Fuentes, « Une âme claire », Chant des aveugles, éd. Gallimard, Paris, 1968

Oui, tu m’as écrit, tu m’as prié d’aller te voir ; j’ai tes lettres. Tu avais trouvé une chambre avec salle de bains et cuisine dans le plus beau quartier de Genève, place du Bourg-de-Four. À un quatrième étage, au centre de la vieille ville, d’où tu pouvais voir les toits pointus, les tours des églises, les petites fenêtres et les lucarnes étroites et au-delà le lac à perte de vue, jusqu’à Vevey, Montreux et Chillon. Tes lettres étaient pleines de bonheur d’être libre… Tu devais faire ton lit, balayer, préparer ton petit-déjeuner, descendre à la crémerie d’à côté. Et tu prenais un pot au café de la place. Tu en as tant parlé. La Clémence, banne à rayures vertes et blanches, rendez-vous de toutes les personnes qui valent la peine d’être fréquentées à Genève. C’est très petit ; six tables à peine face au comptoir où des employées de noir vêtues servent du cassis et à tous disent « M’sieudame ».

Voltaire, La guerre civile de Genève, 1768

Près d’une église à Pierre consacrée
Très sale église, et de Pierre abhorrée,
Qui brave Rome, hélas! impunément,
Sur un vieux mur est un vieux monument,
Reste maudit d’une déesse antique,
Du paganisme ouvrage fantastique,
Dont les enfers animaient les accents
Lorsque la terre était sans prédicants.
Dieu quelquefois permet qu’ à cette idole
L’esprit malin prête encore sa parole.
Les Genevois consultent ce démon
Quand par malheur ils n’ont point de sermon.
Ce diable antique est nommé l’Inconstance;
Elle a toujours confondu la prudence :
Une girouette exposée à tout vent
Est à la fois son trône et son emblème;
Cent papillons forment son diadème […]